En quoi consiste la
procréation
médicalement assistée (PMA) ?
• Dr Eric
Konyaolé : La PMA est simplement un ensemble de techniques
qui visent à permettre aux couples stériles d’avoir des
enfants.
On entend parler
d’insémination artificielle (IA)
et de fécondation in vitro (FIV). Quelle différence y
a-t-il entre ces concepts ?
• Dr Eric
Konyaolé : L’insémination artificielle (IA) est
pratiquée lorsque les spermatozoïdes de l’homme ne sont pas
assez mobiles ; ce qui induit une stérilité. On
renforce alors la capacité fécondante des
spermatozoïdes et on les injecte à la femme au moment de
son ovulation pour qu’il y ait fécondation. Dans la
fécondation in vitro (FIV), il y a une anomalie au niveau des
trompes de la femme (elles sont bouchées par exemple), qui
empêche les spermatozoïdes et les ovules de se rencontrer.
Il y a le cas de spermatozoïdes déficiants en
quantité et en qualité. Enfin, il y a les
stérilités inexpliquées.
Le principe
de la FIV consiste à contourner cet obstacle en provocant une
sorte d’ovule chez la femme. Nous recueillons par une technique les
ovocytes chez la femme et, concomitamment, le sperme de son conjoint.
Nous mettons les deux produits en contact dans une machine
appelée incubateur, après plusieurs étapes.
Pendant 48 à 72 heures, nous surveillons la division cellulaire.
Au bout de ce temps, nous avons un ou plusieurs embryons qui se forment
en fonction du nombre d’œufs que nous avons pu obtenir.
Nous les
réimplantons chez la femme. Au bout de deux semaines, la
grossesse est confirmée par un test. La dernière
technique est l’injection intra-cytoplasmique de sperme (ICSI). Elle
est indiquée chez les couples où la quantité de
spermatozoïdes est très insignifiante. C’est dire que vous
retrouvez un nombre inférieur à 500 000
spermatozoïdes, sachant que le pouvoir de fécondité
est au minimum de 20 millions de spermatozoïdes.
Nous
sélectionnons, de ce fait, les meilleurs et les introduisons
directement dans l’ovocyte avec un appareil spécial
appelé micro-injecteur, connecté à un microscope
inversé. Pour le moment, nous faisons l’insémination
artificielle (IA) et la fécondation in vitro (FIV). L’IA a
donné un enfant sur 6 couples, qui a aujourd’hui 12 mois.
Votre clinique
est-elle la seule en la matière au
Burkina ?
• Dr Eric
Konyaolé : En ce qui concerne l’IA, nous ne sommes pas les
seuls. Mais, s’agissant de la FIV, nous ne connaissons pas d’autres
structures, pour le moment, à mettre en pratique cette technique.
Cette technique est
assez récente dans notre pays.
Quel est, à ce jour, le nombre de couples qui ont demandé
vos services en la matière ?
• Dr Eric
Konyaolé : Nous avons effectué notre première
FIV le 24 juillet 2006. Nous avons bénéficié,
à l’occasion, de la collaboration d’un laboratoire
français spécialisé en assistance médicale
de la procréation (le Laboratoire Drouot du Dr Guy Cassuto) et
de l’expertise du premier laboratoire de FIV en Afrique centrale (1997)
précisément au Cameroun (Douala) avec le Dr Guy Sandjon.
• Dr Salifou
Traoré : Nous avons travaillé sur une douzaine de
patients et il y a trois grossesses en cours.
Quel est le taux de
succès de
l’opération ?
• Dr Eric
Konyaolé : Il est de 20% à 25% dans les centres
vraiment bien entraînés en ce qui concerne la FIV. Pour
l’IA, le taux oscille entre 9 et 10%.
• Dr Salifou
Traoré : Il faut que les gens comprennent que la FIV ou
l’IA ne sont pas à l’abri des risques d’avortement (10 à
15%) que peut encourir une femme en grossesse normale. Ces taux
sus-cités sont faibles, mais il faut savoir que pour des couples
normaux, la capacité de fécondation est de 25%,
c’est-à-dire qu’il y a 25% de chances que la femme soit enceinte
normalement. C’est donc pratiquement les mêmes chances qu’avec la
FIV. Même en Europe, les taux tournent autour de ces chiffres.
• Dr Eric
Konyaolé : Si vous regardez les statistiques en
matière d’infécondité, le taux est de 50% chez
l’homme tout comme chez la femme. Il y a même une
légère prédominance de l’infertilité du
côté du sexe masculin. C’est vous dire qu’une femme qui
n’est pas sous contraception a 25% de chance de tomber enceinte. Il ne
faut pas que les gens pensent que dès qu’on se marie, 3 mois
après, la femme doit être enceinte. C’est au minimum
après deux années de vie commune avec des rapports
sexuels réguliers qu’on peut consulter un médecin si l’on
n’arrive pas à avoir d’enfant.
• Dr Salifou
Traoré : En fait, on confond souvent la virilité et
la fertilité. Un homme peut être virile, mais avoir des
spermatozoïdes fatigués ou en quantité insuffisante.
Compte tenu de
l’éthique, une femme sans mari
peut-elle faire de la fécondation in vitro (FIV) ?
• Dr Eric
Konyaolé : Non. Puisque nous faisons signer un engagement,
qui est un consentement, avec les pièces d’identité des
conjoints. Puis, nous leur expliquons le principe de la technique
utilisée. Nous ne prenons pas encore des personnes non
mariées.
Quand vous parlez de
couples, faut-il qu’ils soient
forcément mariés ?
• Dr Eric
Konyaolé : Effectivement et vivant sous le même toit.
Généralement, nous demandons l’acte de mariage, mais tout
le monde n’est pas marié civilement en Afrique. En dehors de
cela, nous acceptons une attestation sur l’honneur, dûment
signée des 2 conjoints.
Un
"bébé-éprouvette" a-t-il la
même constitution qu’un enfant né naturellement ?
• Dr Eric
Konyaolé : Tout à fait. Prenez l’exemple du premier
bébé-éprouvette, Louise Brown, née en 1978
en Grande-Bretagne ; elle a accouché il y a quelque un
à deux mois. Ce sont des enfants normaux comme ceux
conçus naturellement.
• Dr Salifou
Traoré : Il faut que l’on comprenne que nous accompagnons
simplement un processus naturel, en contournant des obstacles qui
empêchent les spermatozoïdes de rencontrer les ovules,
à l’aide d’une machine qui revêt les mêmes
conditions que l’utérus. Si vous voulez, c’est un utérus
artificiel. Ensuite, nous replaçons l’embryon à l’endroit
naturel afin qu’il poursuive son processus.
• Dr Eric
Konyaolé : Ce que nous faisons est différent du
clonage. Nous accompagnons, comme a dit mon collègue, un
processus normal en contournant des obstacles. C’est tout. Il n’y a
donc pas de différence entre les enfants qui naîtront dans
l’un et l’autre cas.
Quittons l’aspect
technique. Quel est le coût de
tous ces services ?
• Dr Eric
Konyaolé : La PMA varie entre 150 000 et 1 200 000 FCFA. En
réalité, ce sont les produits pharmaceutiques et les
bilans de santé qui coûtent cher. Avant de recourir
à une technique donnée, il y a une gamme d’examens
à faire (pour connaître le statut sérologique, par
exemple). Le coût des médicaments est variable selon
l’âge : plus la patiente est jeune, plus la quantité
de produits est petite et moins cela coûte ; plus elle
évolue vers la ménopause, plus la quantité de
médicaments est importante. Donc, on peut partir de 300 000 FCFA
à 1 000 000 FCFA. C’est dire que ce n’est pas l’acte qui
coûte, mais les médicaments.
Dans le cas
où le couple est séropositif,
que faites-vous ?
• Dr Salifou
Traoré : Un couple séropositif a toutes les chances
de faire un enfant. En fait, nous procédons à un lavage
du sperme, or toutes les études réalisées sur les
cas d’espèce ont montré que cela permettait de
stériliser tous les facteurs susceptibles d’entraîner une
contamination à VIH ou à tout autre vecteur de maladie
(hépatite, etc.).
La PMA est
actuellement un des moyens qui permet au couple séropositif de
procréer. Quand l’un ou l’autre sont infectés, les
rapports, protégés, empêchent d’avoir des enfants.
Avec cette technique, ils peuvent en avoir sans risque.
• Dr Eric
Konyaolé : Ce qu’il faut en déplorer, c’est le
coût. Nous voudrions qu’il soit accessible au commun des
Burkinabè, mais nous ne sommes pas au stade où nous
pouvons fabriquer nous-mêmes nos produits pharmaceutiques ;
nous les importons. Sans quoi, c’est une technique louable, qui apporte
un plus à l’humanité et à la population
burkinabè en particulier. De nombreux couples quittent notre
pays pour recourir à cette pratique en Europe, alors que sur
place, ici à Ouagadougou, nous en faisons profiter à
moindre coût.
Entretien
réalisé par Alain Saint Robespierre
Adama Ouédraogo Damiss
L’Observateur